Démarche artistique

Fondée en 1997 par un collectif d’acteurs, de scénographes, et de musiciens, la compagnie s’est attachée à la recherche de son propre langage théâtral, marqué par une volonté farouche de mener un travail de recherche sur l’acteur et la notion de présence au plateau. Des années et spectacles plus tard, l’obsession de la compagnie est toujours de traquer par le prisme de l’individu, face à son quotidien et sa société, la poésie de l’être, ses pulsions destructrices ; sa fragilité abyssale et ses ressources insoupçonnées. Du premier spectacle sans parole – inspiré d’un poème de Césare Pavese – à des adaptations de roman, le texte choisi laisse une grande part à l’écriture de plateau et au travail de montage.


En parallèle, Marion Coutarel, comédienne et metteur en scène pour le Théâtre de la Remise, créé des spectacles et performances avec des personnes en situation de handicap mental et psychique. Artiste associée à La Bulle Bleue, ESAT artistique, pendant 3 ans (2012-2015), elle a pris part au pilotage de l’ensemble du projet artistique et éditorial du lieu. Depuis 8 ans, elle fait partie de The Magdalena Project, un réseau international de femmes artistes créé au Danemark en 1986. En septembre 2015, le Théâtre de la Remise a organisé le premier évènement Magdalena en France rassemblant une centaine d’artistes en provenance d’une vingtaine de pays.

Les acteurs, comme les personnages des toiles du Greco, sont capables de rayonner grâce à une technique personnelle et de devenir source de lumière.
J. Grotowski – Vers un théâtre pauvre.

Identité artistique ou des pelletés de terre sur le nom

Qu’est le Théâtre de la Remise ? Son identité artistique ?

Le nom c’est facile – on peut même trouver une explication : le tout début du travail a commencé au fond d’une remise poussiéreuse. Voilà, pas plus.
La date et le lieu de naissance, faciles aussi.
Pour la couleur des yeux, je ne me prononcerai pas.

On se rassemble pour travailler ensemble, essayer de comprendre les rouages de l’acteur, ce qu’on veut dire sur le plateau. Pourquoi la fragilité de l’homme nous bouleverse, pourquoi son courage nous émeut, pourquoi soudain la violence surgit et plus tard la caresse.

Qu’est-on devenu ?
« Ce n’est pas Remise ». « Ah ça oui c’est Remise. » Entends-je au gré des spectacles, au fil des ans.
J’aime bien cette idée que chacun peut s’emparer de ce qu’il considère être Remise ou pas. Ça nous dépasse dans tous les cas. Ça échappe.

L’identité artistique est celle du moment, celle qui se délivre, là, sous les yeux des spectateurs.
Même si « Le passé est toujours présent. » (Maurice Maeterlinck- Le temple enseveli).

Bien sûr il y a la quête, les obsessions qui se retrouvent de spectacles en spectacles. Cette terre dont je n’arrive pas à me débarrasser. Le processus de création qui nous colle à la peau : ces improvisations enracinées dans l’acteur qui soudain voient le jour. Et la poésie, ah la poésie.
Les complices depuis toujours – scénographes et musiciens – qui eux aussi mènent leur quête et mettent les mains dans la terre.

Parfois on la met en jachère parce qu‘on sait plus trop comment s’y prendre. Puis voilà qu’au printemps ça nous reprend. Une envie violente de la prendre dans nos mains et d’y plonger nos corps de citoyens.

Nos envies mêlées et tenaces, les acteurs au centre et un sentiment océanique qui nous emporte, voilà là où nous sommes. Entre terre et ciel, parce que telle est notre place d’homme. Quand on arrive à décoller du sol, c’est toujours grâce à l’acteur. On regarde bouche bée et on se dit que c’est ça qu’on veut faire partager, c’est ça qu’on veut faire ressentir au public. Ce décollage du sol. Même si lui têtu n’en fera qu’à sa tête. Ce n’est pas grave, on aura fait notre travail.

Il y a quelques semaines, suite à un débat avec le public, un de ces vrai débat virulent, intense, sur un sujet vibrant, un homme dans la salle nous lance : « ah mais vous, vous n’avez pas les pieds sur terre ».
Et pourtant … Voilà ce qui nous importe, faire notre travail avec nos pelles, et, les deux pieds sur terre, s’imaginer qu’on quitte le sol.

Parce qu’elle est parfois lourde à porter la carcasse.

Marion Coutarel – mai 2013

Peau, chair et os. Dans la pratique de notre art, on rencontre peau, chair et os…J’appellerai os l’existence d’un fonds inné et la manifestation de la puissance inspirée qui donne naissance à l’habileté. J’appellerai chair l’apparition du style achevé qui pose sa force dans l’étude du chant et de la danse. J’appellerai peau une interprétation qui, développant encore ces éléments-là, atteint au sommet de l’aisance et de la beauté.
Zeami (dramaturge japonais, théoricien du No ; 1363-1443)